Père Pierre Chollet le 20 et 21 janvier 2018

20 et 21 janvier 2018. St Jacques 18 h., St Pierre 18 h. 30.

 

 

            « Le temps est limité », ou suivant une autre traduction, « le temps est court », littéralement « le temps est comprimé », autrement dit « ne perdons pas de temps » ou comme le dit encore St Paul dans l’épitre aux Romains, » il est temps de sortir de notre sommeil ! » Voilà le « fil rouge » qui nous permet d’entrer dans l’esprit des lectures proposées ce dimanche et d’en tirer un enseignement pour notre vie quotidienne.

            Ce sentiment de l’urgence, il est évident que Jésus le partage en ce moment où il commence à mettre en œuvre sa mission d’évangélisation. Après ses longues années de vie à Nazareth, sur lesquelles nous n’avons aucun renseignement, mais que l’on peut imaginer comme des années d’approfondissement de la Parole de Dieu et de connaissance intime de la condition humaine, Jésus ressent le besoin d’accomplir enfin la mission pour laquelle il est venu partager notre existence. Et la première étape est la constitution de l’équipe qui va l’entourer, sur laquelle il va s’appuyer et à qui il va confier des missions de plus en plus importantes. On peut penser que Jésus connaissait bien les rivages de la mer de Galilée, qu’il y était venu fréquemment depuis Nazareth, et qu’il avait déjà rencontré de nombreux artisans pêcheurs travaillant dans cette région. Aussi, lorsqu’il lance l’appel à le suivre, c’est à leur expérience professionnelle qu’il emprunte les termes de l’embauche : »Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Il y aura une sorte de continuité dans les deux phases de leur existence, il vont passer d’une variété de pêche à une autre, chacune nécessitant autant de professionnalisme ! Il s’agira en effet de tirer les hommes de l’abîme où leurs péchés peuvent les plonger et de les ramener à la vraie vie. Je pense que nous sommes sensibles à la gravité de cet appel qui concerne notre propre existence ainsi que toute la communauté de l’Église, particulièrement en cette semaine de prière pour l’unité de tous les chrétiens. Quelle que soit notre appartenance ou notre lien, fort ou distendu avec la communauté, tendons l’oreille vers le Christ qui passe en nous proposant de devenir son disciple pour être porteur de la Bonne Nouvelle. Et apprenons à découvrir les uns chez les autres les traces de la réponse à cet appel.

            Jacques et son frère Jean, aussi bien que Simon et André, sont saisis eux aussi par ce sentiment de l’urgence et répondent sans broncher à l’appel qui leur est adressé. On peut supposer qu’ils avaient déjà rencontré Jésus et qu’ils étaient déjà plus ou moins au courant de ses projets ; l’attente messianique de cette époque ne devait pas les laisser indifférents. Eux aussi, d’une manière ou d’une autre devaient partager ce sentiment de l’imminence de la venue du Règne de Dieu.

            En tout cas, ce qui est remarquable, c’est que, à la différence des grands prophètes de la première Alliance, qui agissaient souvent seuls, Jésus prend d’abord soin de constituer l’équipe qui va l’accompagner. Jésus est un homme unique, mais il ne veut pas être seul. Puisque sa mission concerne l’humanité tout entière, Jésus veut être entouré d’un groupe qui, par le nombre douze dont il sera finalement composé, symbolise le peuple de Dieu dans sa continuité, lui-même représentant l’ensemble des hommes et l’humanité nouvelle à qui Dieu destine son message de salut. Et c’est petit à petit qu’apparaîtra à quel niveau de profondeur se situe l’interpellation de Jésus qui, au-delà du collège des Apôtres en cours de constitution, s’adresse à chacun d’entre nous et nous invite à engager notre vie à sa suite.

            Mais évidemment une telle radicalité peut nous effrayer, voire nous paralyser ; nous ne sommes peut-être pas encore convaincus de l’urgence d’engager totalement notre vie à la suite du Christ, en fonction de la vocation particulière qui est celle de chacun ; et puis il peut y avoir des retours en arrière... L’exemple de Jonas est là pour nous empêcher de céder au découragement. Le passage qui nous est proposé aujourd’hui ouvre la quatrième des scènes du livre de Jonas ; après celle de la fuite du prophète et son embarquement sur un navire suivi de la tempête qui aboutira à sa récupération par un gros poisson,   c’est le moment de son deuxième envoi à Ninive pour y porter la parole de Dieu : cette fois, Jonas se soumet et part. Et pas n’importe où ! Ninive est ici le symbole du monde païen, avec ses dimensions énormes qui évoquent facilement l’environnement où nous sommes placés, dont la complexité peut nous décourager. Mais le texte veut insister sur l’efficacité de la parole proclamée : immédiatement, les Ninivites se convertissent et manifestent par des actes cette conversion, « ils se revêtent de toile à sacs. »

            Bien sûr, ne soyons pas naïfs, il y a d’autres exemples dans l’Écriture qui témoignent de l’échec de la prédication ; il suffit de penser à la douloureuse expérience de St Paul à Athènes, mais un échec partiel n’empêche pas de croire fermement à l’efficacité de la parole de Dieu. Il faut savoir recommencer, et surtout avoir compris que son efficacité lui vient d’elle-même et de la foi des auditeurs qui l’accueillent, plus que de la conviction du témoin qui la transmet, n’en déplaise à notre suffisance !

            Accepterons-nous, comme nous le faisait chanter le psaume, que le Seigneur « nous enseigne ses voies et nous fasse connaître sa route ? » Nous avons sans cesse besoin de nous référer à cette parole, et la laisser nous contester, pour redécouvrir que seul Dieu sauve. N’hésitons pas à l’implorer ! C’est lui qui nous donnera l’énergie nécessaire pour partir à nouveau témoigner de la Bonne Nouvelle.

            Et c’est bien le message que nous adresse Paul dans la lettre aux Corinthiens. Le chapitre 7 de l’épître est consacré à divers problèmes de la vie quotidienne : le mariage, le célibat, la condition sociale de chacun. Tout en reconnaissant l’importance de ces questions, Paul invite également à ne pas en faire des absolus : l’essentiel, selon le verset 35, qui figurera dans la lecture de dimanche prochain est « d’être attachés au Seigneur sans partage. » Il ne s’agit pas d’être indifférent à ces réalités, mais de demeurer dans la vigilance. Nous retrouvons là un grand message de l’évangile. Dans cet esprit, ce que Paul recommande, avec une certaine insistance, c’est qu’on n’oublie pas que »la figure de ce monde passe », que les circonstances changent : il ne s’agit ni de verser dans le relativisme, ni de s’accrocher à ce qui est dépassé. Bien sûr, prenons au sérieux la vie qui nous est donnée, mais ne nous attachons pas trop à ce qui ne manquera pas de se périmer !

            Au fond, il s’agit pour nous d’apprendre à nous libérer de l’esclavage de nous-mêmes, à nous détacher de toutes les idoles que nous nous fabriquons, grâce au Christ qui est venu pour nous libérer. Nous ne sommes plus asservis aux créatures ou aux modes de ce monde. Seul le Christ donne un sens à notre vie dès ici-bas, dans les conditions concrètes où se déroule notre existence, alors essayons d’être logiques et cohérents avec son enseignement et son exemple. La tâche sera peut-être ardue, mais si nous nous mettons vraiment à son écoute et si nous comptons vraiment sur lui, rien ne sera impossible. Et s’il n’est jamais trop tard pour prendre au sérieux sa parole et s’efforcer d’agir selon son Esprit, ne remettons pas au lendemain ce que nous pouvons accomplir dès aujourd’hui ! AMEN !

 

                                                                                              Pierre Chollet