Père Chollet le 3 septembre 2017

3 septembre 2017. St Pierre. Messe de 11 h.

 

            Nous voici à la veille de la semaine de la rentrée scolaire, et chacun va se retrouver aux prises avec son monde habituel. C’est aussi le moment où nous sommes sollicités par de multiples activités, des associations diverses et bien sûr en premier lieu par la vie de notre paroisse St Pierre et St Jacques. Et j’en profite pour souhaiter la bienvenue à tous ceux et celles qui rejoignent notre assemblée et notre communauté paroissiale A nous de prendre les décisions qui s’imposent pour devenir toujours davantage « disciples –missionnaires », selon l’orientation pastorale qui est la nôtre depuis plus de deux ans maintenant, en communion avec la pape François qui nous invite à rejoindre les périphéries ; à nous de prendre les moyens humains et spirituels nécessaires pour vivre cette mission non pas en nous fondant sur nos propres désirs et nos propres forces, mais en allant boire à la source d’eau vive !

            A vrai dire, si la liturgie de la parole d’aujourd’hui se résumait à la lecture de Jérémie et à celle de l’évangile, nous serions plongés dans un certain climat de violence qui pourrait nous déconcerter ; il nous faut cependant l’accueillir et l’assumer sous peine d’édulcorer le message dont l’Église veut nous faire prendre conscience : la marche de Jésus vers la passion a été tout sauf une promenade de santé. J’y reviendrai tout-à-l’heure. Heureusement, le psaume et les deux versets de l’épître aux Romains apaisent cette impression d’ensemble et nous invitent à redécouvrir que malgré toutes les difficultés de la vie, Dieu est tendresse et que celui qui se confie en lui ne sera pas déçu, mais au contraire pourra faire don de sa personne en toute confiance, accomplissant ainsi le véritable culte chrétien.

            « Mon âme a soif de toi » : voilà le refrain que nous pourrons reprendre dans notre prière toute cette semaine de rentrée pour exprimer notre désir de rester uni à Dieu dans toutes les activités et situations qui vont s’offrir à nous à partir de maintenant. « S’offrir à Dieu », « discerner quelle est la volonté de Dieu », voilà les deux attitudes fondamentales aux quelles St Paul nous invite à nous conformer. Posons-nous la question : avons-nous réellement le désir de plaire à Dieu ? De rechercher et d’accomplir sa volonté ? Où se situe notre modèle ? Sommes-nous prêts à nous donner totalement à Lui ? C’est dans ces attitudes que se situe le véritable culte. Il y a bien sûr le culte liturgique auquel nous participons avec ferveur, mais il trouve sa vérité et son authenticité dans une adéquation de toute notre vie aux mystères que nous célébrons. « Mon âme a soif de toi », alors contemplons le Seigneur et laissons-nous renouveler par sa parole vivante et efficace en la laissant pénétrer au plus profond de nous-mêmes. C’est un chemin de conversion auquel nous sommes conviés, pour nous mêmes et pour le monde qui nous entoure et que le Seigneur nous confie pour l’évangéliser.

            Ce chemin de conversion, c’est évidemment celui qu’ont dû suivre, chacun dans son ordre, et selon les modalités de sa conversion, le prophète Jérémie et l’apôtre Pierre. Pour l’un et l’autre, il a été ardu. La première lecture est un extrait de la dernière des « confessions de Jérémie » où le prophète s’exprime avec une violence extrême en ce qui concerne sa vocation et les conséquences qu’elle a eues sur sa vie tout entière. Dieu y est présenté de façon quasi blasphématoire comme un séducteur, au sens péjoratif du terme. Pourquoi ces plaintes ? Le texte l’exprime avec vigueur : « A longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie. » Comment ne pas penser, en entendant cela, à tous les chrétiens persécutés, humiliés aujourd’hui dans de nombreux pays du monde et qui s’efforcent de tenir bon en dépit des obstacles innombrables qui se dressent devant eux. Si comme Jérémie, ils ont sûrement, devant l’apparente absence de Dieu la tentation de lui dire « Mais où te caches-tu donc ? », ils ont certainement la capacité de confesser, avec le prophète : »La parole était comme un feu brûlant dans mon cœur », un feu qui loin de détruire, .réchauffe et réconforte devant toute adversité.

            Sommes-nous prêts, nous aussi, à nous laisser brûler et réconforter par cette parole brûlante qui s’attaque à notre faiblesse et à nos lâchetés ? Sommes-nous prêts à permettre à Dieu de nous saisir, de nous vaincre, et à demeurer dans la fidélité de la foi ?

            On ne peut pas comprendre l’évangile d’aujourd’hui si on ne le relie pas étroitement à celui de la semaine dernière, centré sur la confession de Pierre à Césarée de Philippe et la béatitude prononcée par Jésus. (« Heureux es-tu fils de Yonas... ») Dieu a commencé à agir dans le cœur de Pierre pour lui faire proclamer la messianité de Jésus, et d’est pourquoi il peut être dit heureux, mais il a encore du chemin à faire pour comprendre la portée de la révélation dont il a été gratifié. Jésus, en effet, accepte bien d’être proclamé Messie, c’est-à-dire envoyé de Dieu, acteur de la volonté de salut de Dieu pour l’humanité, mais il veut absolument dissiper toute ambiguïté quant à la manière d’accomplir cette mission d’origine divine. Et c’est alors que se produit le heurt violent entre le disciple et le maître : de même que Jérémie regimbait contre ce qui lui semblait un abus de pouvoir de la part de Dieu, de même Pierre se montre incapable d’entrer dans la perspective spirituelle du Christ et apparaît sous un jour redoutable pour Jésus : d’une certaine manière, il incarne à ce moment la figure du Tentateur auquel Jésus avait échappé dans le désert : »Passe derrière moi, Satan ! »

            Il faudra deux autres annonces de la passion et de la résurrection pour que les disciples commencent à entrer dans la perspective de Jésus, et encore le moment suprême sera-t-il celui de l’abandon et du reniement.

            Bien entendu, ce chemin de renoncement doit être aussi celui de tout disciple. Nous ne pouvons pas nous contenter de regarder de loin le Christ : comme Simon de Cyrène, il nous faut accepter de porter sa croix avec lui. Les mots de Jésus sont très forts et pleins d’exigence : « renoncer à soi-même, prendre la croix, suivre Jésus. » N’avons-nous pas besoin d’entendre résonner ces exigences au moment de commencer une nouvelle année pastorale qui nécessitera comme toujours l’engagement résolu de chacun ?

Et si nous avons quelques appréhensions, faisons confiance à la grâce du Seigneur et prenons modèle sur tant de saints et de saintes qui nous ont précédé dans la vie de l’Église en consacrant leur vie quotidienne à la suite du Christ. AMEN !

                                                                                                          Pierre Chollet