Père Chollet le 24 et 25 décembre 2017

24-25 décembre 2017 St Jacques 19 h. , St Pierre 21 h. 30 et 18 h. 30.

 

            « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. » « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. » Voilà ce que veut révéler la fête de Noël, voilà dans quel esprit nous sommes ou nous devrions être en nous rassemblant pour nos célébrations. St Luc, dans son évangile, et St Paul, dans la lettre à Tite lue à la messe de la nuit, s’associent harmonieusement pour nous le faire comprendre. Et, Dieu merci, le grand nombre que vous êtes témoigne assez de l’importance que vous donnez à cette fête ; au-delà de tous les aspects commerciaux et consuméristes qui voudraient s’imposer, il est réconfortant de vous voir réaffirmer par votre présence le caractère avant tout religieux et évangélique de cette fête. Et cela n’enlève rien à la joie de se réunir en famille et d’échanger des présents, bien au contraire ! Si le Christ est venu partager notre existence, c’est bien pour que celle-ci soit illuminée et renouvelée dans toutes ses dimensions. Et nous n’allons pas nous plaindre des illuminations et décors de toute sorte qui, même si ceux qui les installent ne le savent pas, n’ont pas d’autre raison d’être que la naissance de Jésus. A nous de les rendre parlants et d’en expliquer le sens !

            A vrai dire, cette célébration nous installe justement dans deux dimensions complémentaires. Nous sommes invités à fêter une naissance, dans toute la simplicité de cet événement pourtant essentiel, car la mise au monde d’une vie n’est jamais anodine. Le livre d’Isaïe met en valeur la naissance d’un enfant qui n’est autre qu’un prince royal, accompagnée de diverses manifestations festives : »Une lumière a resplendi, tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse. » A la messe du jour de Noël, Isaïe, dans un autre passage, nous invite à »éclater en cris de joie, car le Seigneur console son peuple. » N’hésitons pas à lire et à relire, comme les différents morceaux d’une symphonie, les textes répartis suivant chacune des messes de Noël ! Mais il n’y a pas besoin d’être un prince royal pour être accueilli avec de telles manifestations, tout enfant est pour ses parents unique au monde et sur lui se portent toute l’affection et l’admiration dont ils sont capables. Remarquons néanmoins que la naissance de cet enfant rapportée par Isaïe dépasse le simple cadre familial, fût-il royal, car elle marque le point de départ d’une espérance de renouveau pour tout un peuple, après un temps de ténèbres et de malheur. Cette naissance est un signe de la part de Dieu qui, en dépit parfois de certaines apparences, n’abandonne jamais le peuple de ceux qui l’aiment. –et qu’il aime !- Bien sûr, Isaïe se situe dans le cadre précis de la succession au trône de David, mais il n’hésite pas à dire que celui qui agit et agira, c’est «Le Seigneur de l’Univers ! », donc nous pouvons dire que cette naissance concerne vraiment l’humanité tout entière.

            L’évangile que nous lisons lors de la messe de la nuit fait partie des deux chapitres préliminaires du livret évangélique de St Luc et on a pris l’habitude de les nommer « l’Évangile de l’enfance de Jésus » ; il nous invite à une démarche analogue. Et déjà, le chapitre précédent a préparé le terrain. La conception et la future naissance de Jean-Baptiste, comme celle de Jésus, ont été l’objet d’annonces de la part de l’ange Gabriel envoyé par Dieu comme messager auprès de Zacharie, d’une part, et de Marie d’autre part, pour ne pas parler de Joseph qui lui aussi, selon St Matthieu, a été préparé à ces événement exceptionnels. Et il y avait de quoi ! Tout d’abord, nous comprenons que les événements rapportés, comme dans Isaïe, concernent “la maison et la lignée de David.” C’est pourquoi l’obligation du recensement fait quitter Nazareth à Joseph et Marie pour gagner Bethléem. Et il apparaîtra bientôt que cette naissance, là encore, événement familial par excellence, possède elle aussi une portée vraiment universelle :”Je vous annonce une grande joie pour tout le peuple (...) Il vous est né un sauveur (...) Quant à la troupe céleste, elle entonne la louange qui a été la nôtre tout-l’heure :”Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.” En imposant un recensement de toute la terre, l’empereur Auguste n’avait sûrement pas pensé à un tel retentissement de sa décision ni aux manifestations célestes qui l’accompagneraient.

            Autant dire que si nous sommes rassemblés ce soir (cette nuit) dans nos églises, que ce soit habituel pour nous ou plus exceptionnel, ce n’est pas seulement pour nous tenir bien chaud les uns les autres, c’est pour trouver les forces nécessaires afin de devenir à notre tour les messagers d’un Dieu dont la tendresse et la compassion sont de toutes les époques et dont l’enfance est un gage de renouveau. Par sa naissance, Jésus nous envoie semer la tendresse, la paix, l’accueil dont le monde a tellement besoin : par les différents moyens de communication, nous somme mis au courant de tant de drames et de catastrophes dans lesquelles nous reconnaissons souvent la responsabilité de nos semblables ! Sommes-nous convaincus qu’il n’y a là aucune fatalité et que l’amour du Christ reconnu comme le Seigneur des vivants et de morts peut toujours ouvrir des chemins de vie, à condition de sortir de nous-mêmes et de prendre modèle sur lui ? Oui, tendresse, paix, accueil, voilà trois termes que nous devons accepter de creuser et d’incarner selon nos possibilités et les circonstances où nous nous trouvons, et cela de la manière la plus concrète possible, par un engagement personnel ou avec d’autres,mais toujours au bénéfice de nos frères humains !

            C’est bien le message que St Paul transmet à Tite pour qu’il en soit le porteur à son tour. Tous ces événements sont les fruits de la grâce de Dieu :”Elle nous apprend (...) à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété.” Cette manière de s’exprimer a été d’une certaine façon relayée, lors d’un récent Angélus à Rome, par le pape François qui proposait à se auditeurs rassemblés sur la place St Pierre, trois attitudes fondamentales, mais d’une grande simplicité, pour préparer Noël : la joie, la prière, la gratitude. La joie, nous l’avons déjà évoquée plus haut, en nous référant aux extraits du prophète Isaïe lus lors des différentes messes de Noël qui sont tous empreints de la joie messianique, celle de l’attente d’un Sauveur, que ce soit en son temps le fils du roi de Jérusalem, ou bien, comme le dit l’épître aux Hébreux, “à la fin, en ces jours où nous sommes, (...) son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses.” Prenons-nous conscience que c’est vraiment le Fils de Dieu qui naît de Marie en cette nuit bénie ? Prenons-nous conscience que cet événement est porteur de tous les renouveaux possibles si nous voulons bien nous laisser entraîner par lui ? Cette joie ne peut pas naître et s’épanouir si nous ne développons pas en nous un espace propice à la prière, c’est-à-dire ouvert à l’accueil de la parole de Dieu et à sa méditation. Et c’est l’Esprit Saint qui peut ouvrir cet espace en nous ! Le prions-nous dans la simplicité du coeur, comme Marie “qui retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur”? Alors grandira en nous l’assurance d’être exaucé d’une manière ou d’une autre. Troisième attitude, la gratitude, savoir remercier pour le cadeau inouï qui nous est fait en cette nuit et dont les présents matériels déposés au pied du sapin ou devant la crèche ne sont que de pâles évocations. Par ces échanges, nous essayons de transposer dans nos vies l’attitude même du Christ qui se donne totalement. En offrant des cadeaux, nous apprenons à nous donner nous-mêmes et ce n’est certes pas le plus facile. Si nous pouvions être de vrais cadeaux pour les autres sans les encombrer ou les paralyser ! Pour cela, prenons modèle sur l’enfant de la crèche qui deviendra l’homme à la main tendue en signe d’accueil et à la parole apaisante; il ne cessait pas de se retourner vers son Père dans l’action de grâces. L’action de grâces, l’eucharistie, nous rassemble pour nous donner les forces dont nous avons besoin, dans un instant elle nous enverra comme témoins de la lumière et de la vie : ne nous dérobons pas !     AMEN !

                                                                                                          Pierre Chollet